André Kertész (1894-1985)


andre-kertesz-portraitDe son vrai nom Kertész Andor, André Kertész est originaire d’une famille bourgeoise de Budapest. Il est encore jeune quand son père décède, et il est confié à un tuteur, employé à la Bourse de Budapest. Il y travaillera lui-même pendant deux années.
Le baccalauréat en poche, Kertész achète son premier appareil photo moyen-format en 1912. Ce dernier est pour lui comme un bloc-notes. Il photographie tout ce qui l’entoure, met en exergue les détails de son quotidien. Il est enrôlé dans l’armée austo-hongroise et réalisera pour son compte personnel des portraits de soldats dans les tranchées. Quelques uns seulement seront publiées sous forme de cartes postales.
Avec la fin de l’Empire austro-hongrois et le décès de son père, Kertész décide, avec le soutien de sa famille, de quitter la misère des campagnes hongroises pour tenter sa chance en France. Il débarque à Paris en 1923 et se fait appeler André, équivalent français de Andor. Il découvre alors les milieux culturels parisiens, et rencontre Brassaï, Colette ou encore Mondrian.
Ses photographies, essentiellement des portraits et des scènes de rues, témoignent de la vie parisienne, dans les petites ruelles et les endroits délaissés par les touristes et les Parisiens eux-mêmes. Kertész devient en quelque sorte le photographe de l’invisible, qu’il vend sous forme de petites cartes postales pour gagner sa vie.
Proche des milieux intellectuels, en particulier des surréalistes et du mouvement Dada, il préfère néanmoins rester indépendant. Mais cette proximité fera de lui rapidement un maître du portrait d’artiste.

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En 1928, Kertész est repéré par Lucien Vogel, un homme de presse qui lance le magazine VU, dont l’intention est de relater l’actualité à travers la photographie. Cette époque coïncide avec d’une part l’évolution technologique photographique qui crée des boîtiers de plus en plus compacts (Leica), d’autre part une conception de la photographie qui s’éloigne du pictorialisme et des diktats de la peinture. La photographie, en tant que 8ème art, s’ouvre aux médias, à la presse, aux magazines et à l’illustration.
Mais bien que publiés dans des magazines, Kertész et ses contemporains s’affirment comme artistes et veulent conserver leur vision indépendante, ne pas être considérés comme de simples exécutants au service d’une rédaction. Ils expérimentent sans cesse de nouvelles techniques, mettent en œuvre de nouvelles idées.
Envoyé à New York en 1936 par l’agence Keystone, Kertész y rencontre sa femme Elizabeth Sali. Devant la montée du nazisme et de l’antisémitisme, ils décident de rester aux Etats Unis. Mais cette période se traduit par une immense frustration : il lui est impossible de voir ses reportages publiés. On lui refuse notamment plus de 200 photos sur le transport maritime, estimant que ces vues pourraient revêtir un caractère stratégique en temps de guerre. Ses nus sont recadrés pour cacher les parties qui pourraient choquer le puritanisme américain. De manière générale, son travail et son approche photographique sont incompris. Le photographe vit de son travail de studio, de commandes qui ne le satisfont pas, et finit par séparer totalement son travail professionnel de sa volonté personnelle artistique. A partir de 1963, André Kertész décide de ne plus photographier que pour lui, pour le plaisir.

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Une exposition lui est consacrée à la Biennale internationale de photographie de Venise, puis deux autres en France, à Arles et à la Bibliothèque nationale. C’est alors qu’il retrouve de nombreux négatifs de sa vie parisienne qui alimenteront une grande exposition personnelle organisée en 1964 par John Szarkowski, Conservateur au département de photographie du MoMA en 1964. C’est à la suite de cet événement que la photographie d’André Kertész sera reconnue à sa juste valeur, après la publication d’un texte intitulé The photographer’s Eye.
Une fondation André et Elizabeth Kertész est créée en 1977 à New York, mais c’est à l’État français que le photographe choisit de léguer, en 1984, ses négatifs, ses archives et sa correspondance.

André Kertész, comme Jacques-Henri Lartigue, s’est toujours considéré comme un amateur, souhaitant jusqu’à la fin conserver ce regard neuf sur ce qui l’entoure. Dès ses premiers travaux, alors qu’il n’est qu’un jeune photographe, il cherche une approche nouvelle de son art, proposer une vision de la réalité objective. Mais une lecture de l’image, au sens littéral du terme. Une rigueur du cadrage qui se traduit souvent par l’usage de la plongée, outil de description qui déplace les points de fuite et pose le photographe en spectateur détaché.
Malgré tout, sa série Distorsions est le témoin de la perception artistique qu’a André Kertész de la photographie, d’une liberté totale et créatrice.

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